ACV et Biodiversité
Vers des unités PDF et MSA harmonisées

Par Anne-Claire Asselin
L’Analyse du Cycle de Vie (ACV) s’est imposée comme la méthode de référence pour comparer les impacts environnementaux de produits et services. Jusqu’ici, lorsqu’il s’agissait de biodiversité, l’unité la plus répandue était le PDF·m²·an (Potentially Disappeared Fraction of species, intégré dans l’espace et le temps).
Une avancée majeure a été réalisée par De Weert et al. (2025), qui proposent une approche ACV utilisant le MSA·km²·an (Mean Species Abundance) comme indicateur de perte de biodiversité, en concertation avec les équipes de développement du modèle GLOBIO.
Pourquoi le MSA ?
- Le MSA est largement utilisé dans la communauté écologie et biodiversité (IPBES, scénarios globaux).
- Il exprime la biodiversité relative restante : 1 = écosystème intact, 0 = biodiversité disparue.
- En reliant les flux ACV (occupation des terres, climat, azote, fragmentation, etc.) à des fonctions dose-réponse GLOBIO, on peut convertir directement les pressions en perte de MSA.
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L’importance de l’intégration temporelle Comme en ACV classique, la nouvelle métrique intègre surface et durée d’impact :
Cette approche permet de quantifier les pressions de manière réaliste et cumulative. À l’inverse, un MSA mesuré « instantanément », sans tenir compte de la durée d’exposition, ne reflète que l’état ponctuel de la biodiversité et peut donner une image trompeuse de l’impact réel des pressions environnementales. |
ACV PDF vs MSA GLOBIO : complémentarité et couverture
- Le PDF·m²·an, utilisé en ACV, reste plus complet en termes de couverture des pressions :
- Il prend en compte un large spectre de pollutions (azote, phosphore, acidification, métaux, etc.).
- Il couvre les biomes terrestre et eau douce, et même le milieu marin pour certains impacts comme l’eutrophisation ou l’acidification des océans.
- Le MSA·km²·an GLOBIO se concentre davantage sur les pressions terrestres (occupation des sols, climat, azote, fragmentation, perturbation d’habitat) et offre un point de convergence avec les modèles globaux et les évaluations internationales, mais avec une couverture des pressions plus limitée.
Questionnement sur les modèles MSA non temporels
Certaines approches MSA disponibles dans la littérature ou dans des bases publiques fournissent uniquement des valeurs ponctuelles, sans intégrer la durée d’exposition aux pressions. Or :
- La biodiversité ne répond pas instantanément aux perturbations : les effets cumulatifs se construisent dans le temps.
- Mesurer un MSA à un instant donné peut sous‑estimer ou sur‑estimer l’impact réel, selon la dynamique écologique et la durée des pressions.
- L’intégration temporelle est donc indispensable pour que le MSA devienne un indicateur opérationnel et comparable aux ACV, tout comme le PDF·m²·an.
Une passerelle entre communautés
- L’ACV disposait déjà d’une unité harmonisée et complète (PDF·m²·an).
- Le MSA·km²·an propose une alternative cohérente avec les évaluations globales de biodiversité, facilitant le dialogue entre ACV, écologues et décideurs.
- Cette convergence ouvre la voie à des résultats plus lisibles et mieux intégrés dans les politiques internationales de biodiversité.
👉 En résumé : oui, l’ACV en MSA devient possible. L’apport essentiel du cadre GLOBIO est de fournir une unité spatio-temporelle (MSA·km²·an) qui capture à la fois l’intensité, l’extension et la durée des pressions sur la biodiversité. L’intégration du temps est donc indispensable pour que l’indicateur reflète fidèlement la magnitude des impacts, et permet d’éviter les biais liés aux MSA non temporels, qui ne mesurent que l’état instantané des écosystèmes.
Membre du Comité consultatif technique du PEF (Product Environmental Footprint).
Membre du comité des partenaires de l’affichage environnemental
