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ISYBIO® : comment mesurer les impacts biodiversité des systèmes agricoles ?

ISYBIO® : comment mesurer les impacts biodiversité des systèmes agricoles ?

Pourquoi la biodiversité devient un enjeu stratégique pour les entreprises

Comment mesurer l’impact des systèmes agricoles sur la biodiversité ?

Cette question devient stratégique pour les entreprises confrontées à l’accélération des risques climatiques, aux nouvelles exigences réglementaires (CSRD, TNFD) et à la fragilisation croissante des chaînes d’approvisionnement agricoles.

Pendant longtemps, les stratégies environnementales se sont principalement concentrées sur le climat et les émissions carbone. Mais les entreprises doivent désormais également comprendre leurs dépendances à la Nature : qualité des sols, disponibilité de l’eau, pollinisation, stabilité des rendements ou résilience des territoires agricoles.

Dans ce contexte, les territoires agricoles deviennent des espaces critiques où se croisent : 

  • les impacts des activités humaines sur la biodiversité ; 
  • les dépendances des systèmes agricoles aux services écosystémiques ; 
  • et les capacités d’adaptation des filières face aux changements environnementaux. 

Pourtant, peu d’outils permettent aujourd’hui de relier concrètement les pratiques agricoles aux dynamiques biodiversité et à la résilience territoriale.

C’est précisément pour répondre à ce besoin qu’a été développé ISYBIO® — « Indicateur d’Impact des SYstèmes agricoles sur la BIOdiversité » — un indicateur conçu pour transformer des données agricoles complexes en indicateurs décisionnels actionnables.

Pourquoi les approches biodiversité actuelles atteignent leurs limites

L’évaluation des enjeux Nature connaît aujourd’hui une forte accélération. De nombreuses méthodologies ont émergé ces dernières années afin de mieux caractériser les impacts des activités humaines sur la biodiversité.

Mais contrairement au carbone, les enjeux biodiversité ne peuvent pas être résumés à une métrique unique et universelle. 

Les impacts dépendent fortement : 

  • des pratiques agricoles mises en œuvre ; 
  • des caractéristiques écologiques des territoires ; 
  • de l’organisation des paysages ; 
  • des systèmes de culture ; 
  • des pressions exercées sur les écosystèmes. 

Cette complexité explique les limites de nombreuses approches actuelles. 

Certaines méthodes décrivent correctement les contextes géographiques, mais prennent peu en compte les pratiques agricoles réelles. D’autres caractérisent certaines pressions environnementales sans offrir une lecture intégrée des dynamiques territoriales. 

Surtout, beaucoup d’approches restent centrées sur une logique d’impact. 

Or les entreprises doivent désormais également comprendre leurs dépendances à la Nature : stabilité des rendements, fertilité des sols, régulation hydrique ou capacité des écosystèmes à absorber les aléas climatiques. 

Dans les territoires agricoles, impacts biodiversité, dépendances écologiques et vulnérabilités climatiques sont étroitement imbriqués. 

L’enjeu n’est donc plus uniquement de mesurer une empreinte environnementale, mais de comprendre comment les dynamiques territoriales influencent la résilience future des chaînes d’approvisionnement. 

Le territoire agricole : là où impacts et dépendances se rejoignent 

Les territoires agricoles ne sont pas uniquement des espaces de production. 

Ce sont des systèmes complexes où interagissent : 

  • pratiques agricoles ; 
  • dynamiques écologiques ; 
  • organisation des paysages ; 
  • disponibilité des ressources naturelles ; 
  • capacités d’adaptation des filières. 

Les activités agricoles influencent directement les écosystèmes locaux : qualité des sols, continuités écologiques, diversité des habitats, disponibilité de l’eau ou structure paysagère. 

Mais cette relation fonctionne également dans l’autre sens. 

La performance et la résilience des systèmes agricoles dépendent elles-mêmes du bon fonctionnement des écosystèmes. 

Fertilité des sols, pollinisation, régulation hydrique ou résistance aux aléas climatiques reposent largement sur les services rendus par la Nature. 

Les territoires agricoles deviennent ainsi l’espace où se croisent : 

  • les impacts des activités humaines sur la biodiversité ; 
  • les dépendances des systèmes de production aux services écosystémiques ; 
  • les capacités d’adaptation des filières agricoles. 

Cette relation forme ce que l’on peut qualifier de « Nexus territorial » : l’échelle à laquelle impacts, dépendances et résilience deviennent indissociables. 

Dans cette perspective, la biodiversité ne peut plus être abordée uniquement comme un sujet de reporting ou de conformité réglementaire. 

Elle devient un facteur structurant de résilience territoriale et de sécurisation des chaînes d’approvisionnement. 

 

ISYBIO® : transformer les pratiques agricoles en indicateurs décisionnels 

Pour répondre aux enjeux croissants liés à la biodiversité, les entreprises ont besoin d’indicateurs capables de relier des données agricoles concrètes à des trajectoires de résilience territoriale. 

C’est précisément l’objectif d’ISYBIO®. 

Une approche fondée sur les pratiques agricoles 

Développé pour évaluer les impacts des systèmes agricoles sur la biodiversité locale, ISYBIO® repose sur une approche directement ancrée dans les pratiques agricoles. 

L’indicateur prend en compte différents paramètres influençant les dynamiques écologiques : 

  • gestion des sols ; 
  • rotations culturales ; 
  • couverts végétaux ; 
  • utilisation des fertilisants ; 
  • produits phytosanitaires ; 
  • structure du paysage ; 
  • infrastructures agroécologiques. 

Cette approche permet de dépasser une lecture uniquement déclarative des enjeux biodiversité.

Figure 1 : liste des paramètres entrant dans le calcul de l’indicateur ISYBIO® pour les grandes cultures  

En reliant directement les pratiques agricoles aux pressions exercées sur les écosystèmes, ISYBIO® fournit une lecture opérationnelle des dynamiques territoriales associées aux différents systèmes de production. 

Une lecture multi-échelle 

Les impacts et dépendances à la Nature ne se jouent pas uniquement à l’échelle de la parcelle. 

Ils dépendent également : 

  • des dynamiques paysagères ; 
  • de la diversité des habitats ; 
  • de l’organisation spatiale des systèmes agricoles. 

ISYBIO® propose ainsi une lecture multi-échelle allant du sol jusqu’au paysage. 

Cette approche permet de mieux comprendre les interactions entre pratiques agricoles, fonctionnement des écosystèmes et contexte territorial.

Un indicateur harmonisé et actionnable 

Pour rendre les résultats comparables et exploitables, ISYBIO® produit un score harmonisé permettant d’évaluer différents types de systèmes agricoles. 

Cette approche facilite : 

  • la comparaison entre filières ; 
  • l’analyse de trajectoires de transition ; 
  • l’identification de leviers d’amélioration ; 
  • le pilotage de démarches Nature. 

Les premiers résultats montrent des écarts importants entre grandes cultures, cultures permanentes et prairies permanentes, traduisant l’influence directe des pratiques agricoles sur les dynamiques biodiversité. 

Figure 2 : exemple de scores ISYBIO® obtenus pour différents types d’usage des sols agricoles : grandes cultures (en jaune), cultures permanentes (en rouge) et prairies permanentes (en vert). Un même score pour une grande culture, une prairie ou une culture permanente montre des niveaux de biodiversité comparables. Les valeurs à droite du graphique précisent les intervalles des scores possibles pour chaque type de surface (grandes cultures, vignes, fruits, et prairies permanentes) 

Au-delà du score lui-même, l’intérêt d’ISYBIO® réside dans sa capacité à transformer des données agricoles complexes en indicateurs décisionnels compréhensibles. 

Comment ISYBIO® peut aider les entreprises à piloter leurs trajectoires Nature 

Mieux caractériser les pressions biodiversité 

En reliant directement les pratiques agricoles aux pressions exercées sur les écosystèmes, ISYBIO® permet d’apporter une lecture plus fine des dynamiques biodiversité associées aux différents systèmes de production. 

L’indicateur peut contribuer à identifier : 

  • certaines zones à forte pression biodiversité ; 
  • des pratiques agricoles plus sensibles ; 
  • des filières présentant des vulnérabilités particulières. 

Croisés avec d’autres données territoriales, économiques et écologiques, ces résultats permettent d’alimenter une lecture plus systémique des enjeux Nature. 

Orienter les stratégies de transition agricole 

Les entreprises font aujourd’hui face à une multiplication des engagements Nature, sans toujours disposer d’outils permettant d’orienter efficacement les actions à mettre en œuvre. 

ISYBIO® permet d’éclairer les effets potentiels de différentes pratiques agricoles sur la biodiversité et d’objectiver certains leviers d’amélioration : 

  • réduction des intrants ; 
  • diversification des rotations ; 
  • préservation des infrastructures agroécologiques ; 
  • amélioration de la diversité paysagère ; 
  • évolution des pratiques de gestion des sols. 

Cette approche peut notamment contribuer à objectiver les trajectoires d’agriculture régénératrice. 

Suivre les trajectoires de progrès 

L’un des principaux défis des stratégies biodiversité consiste aujourd’hui à dépasser une logique purement déclarative. 

Les entreprises ont besoin d’outils capables de mesurer concrètement les effets des trajectoires engagées dans les chaînes d’approvisionnement agricoles. 

ISYBIO® permet notamment de : 

  • suivre l’évolution des pratiques agricoles dans le temps ; 
  • comparer différents scénarios de transition ; 
  • évaluer les bénéfices potentiels de certaines pratiques ; 
  • documenter des trajectoires d’amélioration. 

Figure 3 : exemple de fermes évaluées avec l’indicateur ISYBIO® 

Les premiers résultats obtenus montrent d’ailleurs que deux exploitations appartenant à une même filière peuvent présenter des profils biodiversité très différents selon les choix agronomiques réalisés et les dynamiques territoriales associées.

Évaluer les démarches et labels agricoles 

ISYBIO® peut également être mobilisé pour analyser différents labels, référentiels ou démarches agricoles. 

Les premiers résultats obtenus sur les grandes cultures montrent des écarts importants entre certains systèmes de certification.

Figure 4 : score ISYBIO grande cultures de différents labels et SIQO 

 

Ces résultats illustrent un point essentiel : les performances biodiversité ne peuvent pas être réduites à une opposition binaire entre modèles agricoles. 

Deux démarches revendiquant des ambitions environnementales similaires peuvent produire des effets biodiversité très différents selon les pratiques réellement mises en œuvre et les contextes territoriaux associés.

Biodiversité, rendements et résilience territoriale 

L’un des enjeux majeurs pour les entreprises consiste aujourd’hui à objectiver les bénéfices réels des démarches engagées dans les chaînes d’approvisionnement agricoles tout en prenant en compte les contraintes productives associées. 

Combiné à des approches d’Analyse de Cycle de Vie (ACV), ISYBIO® permet d’intégrer les performances biodiversité dans une lecture plus systémique des systèmes agricoles. 

Cette articulation permet notamment de prendre en compte : 

  • les rendements agricoles ; 
  • les niveaux de production ; 
  • les caractéristiques écologiques des territoires ; 
  • la vulnérabilité des écosystèmes. 

Cette combinaison est essentielle pour éviter une lecture simplifiée des enjeux biodiversité. 

Figure 5 : exemple de trajectoire évaluée avec ISYBIO – des bénéfices sont objectivés.

Une pratique favorable à la biodiversité locale peut en effet produire des effets différents selon les niveaux de production associés, les contextes territoriaux ou la sensibilité écologique des territoires concernés. 

L’enjeu n’est donc pas uniquement de comparer des pratiques agricoles, mais de comprendre comment différentes trajectoires interagissent avec les capacités écologiques et productives des territoires. 

 

Vers une nouvelle génération de pilotage Nature 

Les enjeux Nature transforment profondément la manière dont les entreprises appréhendent leurs chaînes d’approvisionnement agricoles. 

Jusqu’à présent, les démarches se concentraient principalement sur la réduction des impacts environnementaux et les obligations de reporting. 

Mais face à l’accélération des risques climatiques, à la dégradation des écosystèmes et aux tensions croissantes sur les ressources naturelles, cette approche devient insuffisante. 

Les entreprises doivent désormais comprendre comment leurs activités interagissent avec les territoires dont elles dépendent, et comment les dynamiques écologiques influencent la résilience future de leurs filières agricoles. 

Dans ce contexte, les indicateurs biodiversité ne peuvent plus être conçus uniquement comme des outils de conformité. 

Ils deviennent progressivement des instruments d’aide à la décision permettant d’éclairer : 

  • les trajectoires de transition ; 
  • les capacités d’adaptation ; 
  • la robustesse des systèmes agricoles ; 
  • la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. 

C’est précisément dans cette logique que s’inscrit ISYBIO®. 

En reliant pratiques agricoles, biodiversité et dynamiques territoriales, l’indicateur contribue à construire une lecture plus systémique des enjeux Nature. 

Le territoire devient alors l’espace où se rencontrent : 

  • impacts sur la biodiversité ; 
  • dépendances aux écosystèmes ; 
  • capacités d’adaptation ; 
  • résilience des chaînes d’approvisionnement. 

Une nouvelle génération de pilotage Nature émerge ainsi progressivement : une approche dans laquelle les entreprises ne cherchent plus uniquement à limiter leurs impacts, mais également à renforcer la capacité des territoires agricoles à maintenir leurs fonctions écologiques et productives dans la durée. 

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